Julie Graziani, nouvelle voix des pro-vie

27 janvier 2015 • Dans les médias, Personne humaine • Vues: 2077

Tandis que la loi Veil fête ses 40 ans, la Marche pour la Vie a battu le pavé pour la 10e fois cette année, le 25 janvier, en élargissant le combat pro-vie à l'euthanasie. Nous avons rencontré sa nouvelle porte-parole, Julie Graziani.

 

Opération lifting à la Marche pour la Vie : nouveau logo, nouveau site, nouveau slogan « contre le dérèglement bioéthique », nouveau combat (elle appelle désormais à manifester aussi contre l'euthanasie) et nouvelle porte-parole, Julie Graziani, 37 ans. Cette auxiliaire de justice donne rendez-vous devant le Palais de Justice, à Paris. Dossiers sous le bras, elle arrive en coup de vent et commande un café américain. Pull gris, col roulé noir, sans maquillage, elle fait moins sophistiquée qu'à l'écran, au jour de son fait d'arme. Sur le plateau de l'émission Des paroles et des actes, le 2 octobre dernier, cette inconnue du grand public a conduit Alain Juppé à reconnaître qu'il fallait réécrire la loi Taubira.

En réalité, cette brunette qui avait échappé aux radars cathodiques a déjà plusieurs actions et deux collectifs à son actif : « Ensemble pour le bien commun » et « Familles plumées ». Sa supplique au Pape à propos de la loi Taubira lui a valu d'être invitée par Laurent Ruquier sur le plateau de « L'émission pour tous ». Elle a également lancé des pétitions pour les retraits du timbre à l'effigie de la Femen Inna Shevshenko, puis de la publicité Gleeden, un site de rencontres extra- conjugales. Cette mère de 3 enfants, qui multiplie les diplômes (HEC, agrégation de Lettres modernes), ne fait pas partie des contingents de la première heure : « J'ai participé à une Marche pour la vie pour la première fois l'année dernière », assure-t-elle. Sa mère catholique lui a donné une éducation religieuse que son père « athée et républicain »a respectée. Son mari n'est pas croyant, comme la plupart de ses amis. Née en 1978, elle appartient tout à la fois à la « génération Jean-Paul II » et à la « génération contraception ». « L'avortement fait partie de mon référentiel ; je ne le vois pas comme un combat mais comme une donnée du paysage ». Ce qui lui donne l'audace de vouloir en discuter. « Arrêtons de faire de l'IVG une vache sacrée ! La loi Veil est une loi. 40 ans plus tard, peut-on en faire l'inventaire, sans tabou ? »

« L'avortement a été vu comme une réponse à un état de nécessité que je ne conteste pas », reprend- elle. Elle contre-argumente en utilisant l'analogie d'un vol commis par une mère pour nourrir son enfant qui n'a pas mangé depuis 3 jours. « La seule réponse à ce délit, c'est la clémence. Et non la dépénalisation du vol qui évoluerait en droit fondamental. À l'époque, on a cru bien faire, mais l'enchaînement est implacable. Quant aux opposants, ils ont été enfermés dans le piège 'si vous n'êtes pas d'accord, vous êtes des monstres sans cœur'. » Et d'enchaîner : « Le contexte a changé. La contraception s'est largement répandue. À l'époque, une femme mettait peut-être 3 mois à réaliser qu'elle était enceinte. Aujourd'hui, un test permet de le déterminer en 2 jours. Le délai de 12 semaines est trop long. Les échographies n'existaient pas ; actuellement, on connait mieux le développement utérin. Et on ne me fera pas croire que ce n'est pas un être humain ! » Elle s'interrompt, boit quelques gorgées de son café, puis reprend, la voix grave : « On jette un voile aseptisé sur ces questions. Les fœtus trisomiques sont extraits jusqu'à 25 semaines du ventre de leur mère et agonisent 1⁄4 d'heure dans des bassines. On ne dit jamais ça aux parents. Les modes opératoires ne sont pas connus. Pourquoi est-ce qu'on tait cette réalité sordide ? Cette transparence permettrait de se forger une opinion éclairée ».

Le soutien du Pape François à cette marche, également encouragée par une dizaine d'évêques français, l'a sans doute confortée. « J'aimerais bien avoir d'autres soutiens ! rétorque-t-elle vivement. L'avortement n'est pas un sujet religieux. Pourquoi n'y aurait-il que des catholiques pour alerter l'opinion ? Un humaniste laïc pourrait manifester au nom des droits de l'homme. Une féministe aussi, car la réalité de l'IVG, c'est bien souvent une violence de l'homme sur la femme, qui fait pression pour qu'elle avorte. Ou encore un anti-libéral contre la logique économique qui incite à l'IVG. » Car, selon elle, s'il n'existe toujours pas d'alternative réelle, 40 ans après la loi, c'est pour mieux économiser le budget nécessaire au financement de structures d'accueil mères-enfants ou de subventions. « Il faut sortir de l'idéologie et de la logique économique ».

Les associations co-organisatrices, la Fondation Jérôme-Lejeune et Choisir la Vie se font plus discrètes derrière cette nouvelle ambassadrice. N'a-t-elle pas craint de prendre la tête d'une manifestation émanant pour certains du « traditionalisme », comme le surtitrait Libération le 25 janvier ? Elle balaie la question d'un geste de la main : « C'est un problème bien français : au lieu de se demander pourquoi on marche, on se demande à côté de qui on va marcher. Aucun mouvement n'échappe au militantisme inadapté ou criticable. Raison de plus pour être nombreux et pour diluer certains éléments extrémistes. » Quant aux sit-in devant des cliniques pratiquant des IVG : « Ce sont des non-violents, rappelle-t-elle, ils n'ont rien cassé, ni brûlé, ni même malmené personne, quand même ! Je trouve injuste ce '2 poids 2 mesures' de l'avocat William Bourdon, spécialiste de la désobéissance civile, qui, dans un cas, disculpe le militant écolo et dans l'autre condamne le militant provie. » Son engagement relève de sa liberté : « Je ne fais pas de politique, je n'ai pas d'image à préserver, je suis simplement ma conscience. » Et de conclure, avant de repartir en scooter : « La France est la terre des droits de l'homme. Elle ne peut accepter que les vieux, les impotents, les enfants handicapés, soient éliminés. On n'est pas là pour emm… les gens, mais pour défendre le droit à la vie pour tous, sans discrimination d'âge, d'état de santé ni de stade de développement. »

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