Interview de Charles Beigbeder dans Atlantico (14/03/15)

16 mars 2015 • Dans les médias • Vues: 1747

Atlantico : Vous lancez un appel à “réformer en profondeur” à travers votre initiative “800 jours pour convaincre”, accompagné de Charles Millon, Julie Graziani et Anne Lorne. Comment envisagez-vous concrètement sa mise en place ? Avez-vous une idée de l’équilibre des thématiques (sociétales, économiques, politiques, de justice) des 24 réformes que vous proposerez ? Vous qualifiez-vous de think-tank, de formation politique, de mouvement citoyen ?

Charles Beigbeder : Avec Charles Millon, Julie Graziani, Anne Lorne ainsi que des centaines de sympathisants qui représentent la diversité des régions et des parcours, nous avons décidé de constituer un collectif afin de rassembler tous ceux qui se retrouvent dans la vision développée dans notre manifeste : une France enracinée dans son identité chrétienne et porteuse de principes universels, un État centré sur ses missions régaliennes et recouvrant des pans entiers de sa souveraineté, une économie libérée des carcans de l’étatisme et qui retrouve le chemin de la prospérité.

 Nous ne sommes pas un énième think-tank de droite. D’abord, parce que nous n’entendons pas nous substituer à toutes les initiatives existantes, avec lesquelles nous voulons nouer une collaboration active. Ensuite, parce que notre action ne se limite pas, loin s’en faut, à celle d’un laboratoire d’idées. Nous voulons instaurer un rapport de force avec les grands partis de droite et infléchir leur ligne politique sur un certain nombre de sujets, en vue de l’alternance. Pour cela, notre collectif n’est affilié à aucun d’entre eux et n’a pas vocation à le devenir. Plus qu’un think-tank, nous sommes un mouvement citoyen qui cherche à peser sur les partis, en vue d’un sursaut indispensable au redressement de notre pays en 2017.

Concrètement, cela signifie que nous allons collecter le soutien individuel et la contribution active de tous ceux qui se reconnaissent dans nos idées, afin de leur donner une force de frappe maximale. En 2013, plus d’un million de personnes sont descendues dans la rue pour défendre un modèle de civilisation. Nous voulons donner une traduction politique à ce printemps des consciences.

 Concernant les propositions concrètes de réforme, nous les élaborerons en collaboration avec les laboratoires d’idées existants. La droite ne manque pas d’idées, elle manque surtout de courage, de préparation et de persévérance. Nous voulons, à ce titre, jouer un rôle de coordination et de levier.

Parmi les grands axes proposés, il y aura un équilibre entre les questions de civilisation, les thèmes institutionnels et les sujets économiques et sociaux. Parce que nous voulons embrasser la totalité du spectre politique.

Si vous vous lancez aujourd’hui sur ce terrain, est-ce que cela signifie que nous sommes face à un “désert des idées” à l’UMP ?

Non, il y a beaucoup de personnes qui font avancer le débat d’idées à l’UMP. Je pense notamment àSens commun qui a contribué à réintroduire les questions de société dans le débat public, ou encore à La droite forte qui a montré la preuve de son dynamisme. Mais Phénix veut conserver une pleine indépendance par rapport aux partis politiques afin d’être totalement libre dans ses actions, ce qui n’empêche pas certains d’entre nous, d’appartenir, à titre personnel, à une formation politique déterminée. Et puis, nous partons du principe qu’il est possible de nous unir sur un socle commun, au-delà de nos étiquettes partisanes. Ce qui nous unit doit être plus fort que ce qui nous divise.

De quelle sensibilité vous sentez-vous le plus proche à l’UMP ?

Je répète que Phénix ne compte pas discuter qu’avec l’UMP mais avec toutes les formations politiques de droite, sans exclusive aucune. Mais pour répondre à votre question, nous nous sentons particulièrement proche du positionnement de Laurent Wauquiez, sur l’Europe comme sur la famille, ainsi que des idées d’Hervé Mariton, Jean-Frédéric Poisson, Bruno Retailleau, Thierry Mariani ou encore Guillaume Peltier.

Vous souhaitez revoir la dynamique, l’énergie, de 2007 pour la campagne présidentielle qui se profile. Quelle en est, selon vous, la principale entrave actuellement ?

En 2007, il y avait un véritable élan autour de Nicolas Sarkozy et pas d’alternative crédible ailleurs. Aujourd’hui, les forces sont dispersées et la France a basculé dans le tripartisme du fait du score historique du Front National, qui ne s’explique que par le renoncement de la droite à être elle-même et à porter des idées fortes. Pour reprendre le slogan de 2007, il nous faudrait une vraie “rupture” : sur l’immigration, sur l’Europe, mais aussi sur l’éducation ou les questions de civilisation, où la droite court encore derrière un hypothétique sens de l’histoire que lui dicte intérieurement une gauche arrogante et donneuse de leçons. Enfin, il faudrait à nouveau faire vibrer les Français autour d’un idéal, qui ne peut se limiter à des perspectives de croissance économique, si importantes soient-elles. Un homme politique doit avant tout s’adresser au cœur des Français avant de s’intéresser à leurs situations matérielles.

Vous dites que, plus que des réformes économiques, c’est une réforme “intellectuelle et morale” dont nous avons besoin, et craignez que la France ne “sorte de l’histoire et bascule dans le chaos”. Comment ce diagnostic se retrouvera-t-il dans vos propositions ? La sphère politique est-elle la seule à pouvoir y contribuer ?

C’est Ernest Renan qui avait publié La réforme intellectuelle et morale, au sortir de la guerre de 1870. Il estimait que la victoire allemande, avant tout culturelle, était le fruit de la supériorité de l’instituteur prussien sur son condisciple français. 150 ans plus tard, le diagnostic reste le même : l’éducation constitue un levier indispensable au redressement de notre pays car c’est là que s’y forge l’enracinement des consciences et des cœurs dans l’amour de la France et la connaissance de son histoire. Nos propositions en porteront la trace.

Vous invitez tous les candidats de droite à y participer, dont ceux du FN. Selon un sondage exclusif pour Atlantico, les sympathisants UMP sont 47% (donc en baisse par rapport à 2014) à se dire favorables à une alliance avec le FN pour les départementales. Ils sont en revanche 74% au FN à y être favorables, soit une nette progression sur un an. Quelle lecture faites-vous de ces résultats ? Quels sont les enjeux pour votre mouvement de cette porosité entre sympathisants FN-UMP ? Et comment les cadres de l’UMP doivent-ils y répondre ?

Nous ne rentrons pas dans ces considérations de stratégie électorale qui doivent être traitées par les responsables des partis politiques concernés. Notre rôle est de participer à la bataille des idées en infléchissant la ligne politique des grands partis de droite dans le sens de nos convictions. À ce titre, nous ne voyons pas au nom de quel sectarisme il faudrait s’interdire de parler avec les uns ou les autres. D’autant que nous ne sommes pas là pour distribuer bons ou mauvais points. Nous discuterons avec tous et nous réjouirons de tous ceux qui relaieront nos idées. Je rappelle qu’en 2013, il y avait, battant le pavé parisien pour défendre la famille, des élus UMP, FN, UDI, divers droite et même certains hommes politiques courageux de gauche. Doit-on accepter certains et en refuser d’autres ? De telles arguties ne seraient pas à la hauteur des défis auxquels est confrontée la France aujourd’hui.

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