Le patriotisme est-il identitaire ?

9 janvier 2014 • Dans les médias, Identité • Vues: 560

Peut-on être patriote sans être identitaire ? Bernard-Henri Levy ne le croit pas, lui qui n’en finit plus de confondre dans une même vindicte patriotisme et nationalisme. « Je suis un cosmopolite résolu. J’aime le métissage et je déteste le nationalisme. Je ne vibre pas à “la Marseillaise”. J’espère que le cadre national sera un jour dépassé », affirme-t-il dans une interview au Nouvel Observateur le 4 octobre 2007. Déjà, dans le manifeste de présentation du premier numéro de Globe, en 1985, il s’écriait, de concert avec Pierre Bergé et Georges-Marc Benamou : « Bien sûr, nous sommes résolument cosmopolites. Bien sûr, tout ce qui est terroir, bérets, bourrées, binious – bref franchouillard ou cocardier – nous est étranger voire odieux ». 

Pour une grande partie de l’intelligentsia actuelle, toute fierté nationale serait suspecte de « relents nauséabonds », nous rappelant « les heures les plus sombres de notre histoire » et alimentant « une libération de la parole raciste ». La gauche n’a rien trouvé mieux pour étouffer tout débat démocratique sur l’identité que de criminaliser toute pensée n’allant pas dans le sens de l’idéologie qu’elle prône. Preuve de sa faiblesse intellectuelle, elle ne peut se défendre que par des incantations antiracistes, allant jusqu’à instaurer un véritable totalitarisme de la pensée dans lequel elle s’arroge le monopole du bien.

La droite doit sortir du complexe moral dans lequel l’a trop longtemps enfermée la gauche. Reconnaître l’existence d’un peuple soudé par une histoire commune ne signifie pas se confiner dans un repli identitaire. De même, affirmer que la France tient ses racines du christianisme n’empêche pas d’accueillir des personnes issues d’autres confessions, à condition qu’ils acceptent d’assimiler cet héritage. Telle est la conception classique de l’intégration.

En revanche, être patriote ne signifie pas que l’on se réclame d’une conception identitaire de la nation, qui fait de celle-ci une réalité ontologiquement supérieure à celle d’autres pays. La légitime fierté affective que l’on éprouve pour sa terre natale n’induit pas une supériorité de droit mais simplement un amour de préférence à l’endroit de sa patrie, un peu comme un enfant à l’égard de sa mère.

De plus, l’identité nationale, pour inclusive qu’elle soit, ne constitue pas l’horizon indépassable de l’homme ; elle n’épuise pas tout l’être en l’homme. Celui-ci dispose en effet d’une nature universelle, qui lui permet d’entrer, par-delà et à travers son identité nationale, en relation avec ses semblables d’une autre culture. La richesse des échanges alors tissés provient tant de la diversité des cultures partagées que de la communion aux réalités fondamentales de l’humanité. C’est en ce sens que la mondialisation, si elle n’est pas viciée dans un travers uniformisateur, peut faire grandir l’humanité sur le plan culturel comme elle peut améliorer son niveau de développement matériel.

Enfin, l’identité d’un pays est toujours plurielle et ne peut être enfermée dans une équation mathématique. Touchant à la complexité humaine et sociale, elle se rapproche plus d’une toile impressionniste que d’une formule géométrique. Certes, elle est ordonnée autour d’un axe qui lui donne son ossature générale et en détermine les contours : dans notre cas, la philosophie grecque, le droit romain et la religion chrétienne. Mais elle est constamment en mouvement, ballotée au gré des fluctuations sociales, des influences culturelles et des courants migratoires. La Renaissance italienne a lourdement pesé sur l’identité de notre pays, tout comme l’immigration maghrébine des quarante dernières années induit des inflexions dont nous ne mesurons pas encore tous les effets.

Mais, à chaque fois, il y a des invariants de la culture nationale qui résistent à l’épreuve du temps. Difficilement conceptualisables, ils sont souvent ressentis de façon instinctive par le peuple, surtout lorsqu’ils paraissent menacés. C’est dans cette permanence qu’il nous faut puiser pour retrouver l’âme de notre nation, qui nous unit, au-delà nos différences, dans une même communion aux réalités immortelles de notre nation, et nous relient, par-delà les siècles, à la chaîne des générations qui en ont vécu. « Certaines personnes se croient d’autant mieux cultivées qu’elles ont étouffé la voix du sang et l’instinct du terroir » affirmait Maurice Barrès dans ses impressions de voyage. « Quant à nous, pour nous sauver d’une stérile anarchie, nous voulons nous relier à notre terre et à nos morts ».

Tribune publiée dans Valeurs actuelles du 9 janvier 2014.

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